30

31

Lorsqu'on a fait le tour des questions qui valent la peine, il paraît évident que le souci de la chose politique, tout comme celui de la chose autobiographique, ne sert qu'à combler un ennui : faut faire gaffe de ne pas se complaire dans ses sources de colère. D'accord c'est une preuve de vitalité mais ça nous fait aussi oublier notre vrai moi d'origine. Il faut toujours l'écouter celui-là, ne pas l'ensevelir sous le poids de la société qui ne sera jamais parfaite. Rien de pire que de vivre du malheur d'autrui, je sais pas comment les satiristes peuvent dormir la nuit.

En toute modestie, j'ai simplement essayé de faire souffler un petit souffle de vérité sur nos institutions grotesques et oppressantes, histoire de relativiser le monde et de célébrer la vie. C'était un combat ponctuel qui ne pouvait être qu'intense et bref, n'étant pas de la race des systématiques de la révolte qui devraient des fois ouvrir leur fenêtre le matin pour mieux ressentir leur univers intérieur. C'est grâce à nos cerveaux qu'on va tout casser. On va partir loin loin loin de tout ça, vous allez voir. À tout bientôt !

Quand notre vie cesse d'être intérieure et privée, la conversation dégénère en simples ragots. Il est rare de croiser un homme qui puisse nous rapporter des nouvelles qu'il n'a pas lues dans un journal ou qu'un voisin ne lui a pas apprises. En grande partie, la seule différence entre notre prochain et nous, c'est qu'il a vu le journal ou qu'il est sorti boire un thé, et pas nous. Plus notre vie intérieure s'étiole, plus nous nous rendons fréquemment et désespérément au bureau de poste. Vous pouvez être sûr que le pauvre hère qui s'éloigne avec le plus grand nombre de lettres, fier de sa correspondance abondante, n'a pas entendu parler de lui-même ces derniers temps.

J'ignore pourquoi, mais lire le journal une fois par semaine est encore beaucoup trop. J'ai essayé de le faire récemment, et durant tout ce temps il m'a semblé que je ne résidais pas dans ma région natale.